Ca y est, l'association a pu sauver malheureusement que deux chevaux. Il faut savoir qu'ils achètent ces chevaux uniquement avec les dons de l'Association 100 chevaux sur l'herbe, puisqu'ils ne sont subvensionnés par personne.
Voici les photos des deux protégées cliquez
Voici le récit de ce sauvetage par Oli, pour qui c'était la première fois: Il est 13h30 et nous embarquons dans la voiture pour nous rendre au marché aux chevaux de Ciney, j'ai l'estomac noué par de nombreuses craintes qui ne me quittent pas depuis hier. C'est la perspective du prix élevé des chevaux et l'acharnement des bouchers et chevilleurs à acheter rapidement un maximum d'équidés qui me font le plus peur. Hormis cela, il y a évidemment ma capacité à affronter les regards des chevaux que j'appréhende ; vais-je tenir le coup ? Nous partons et les discussions vont bon train durant le trajet ; Marc nous fait consciencieusement les recommandations d'usage pour que tout se déroule au mieux et que nous évitions toute désastreuse maladresse... Que l'un de nous manifeste trop de compassion vis-à-vis d'un cheval et c'est fichu, le prix demandé augmentera significativement... Entrer en conflit avec un marchand est également à éviter à tout prix, celui-ci nous rirait au nez et refuserait de nous vendre le moindre équidé...Nous arrivons, six camions sont là sous le soleil, prêts à décharger les vies qu'ils renferment en leurs flancs. Un tape-cul est déjà abaissé, je m'approche et trois chevaux se découvrent à ma vue ; ce sont trois chevaux de selle et parmi eux, un grand cheval noir attire mon attention... Je lis l'inquiétude dans ses yeux et je lui adresse une discrète parole d'encouragement. Il n'est pas tout jeune mais il ne semble souffrir d'aucune affection et je me dis qu'il ferait un candidat idéal pour le sauvetage ; je garde cela pour moi et me rends sur le côté du camion pour lui permettre de sentir ma main, flairer mon odeur... Mon c½ur bondit lorsque Marc me dit qu'il l'a lui aussi remarqué, je me glisse à nouveau près du grand noir et profite qu'il n'y ait personne pour lui dire que nous allons tenter de le sortir de là... Ca toque dans ma poitrine, pourvu que nous y arrivions... J'ai bon espoir car il n'est pas gros, son arrière main est même assez mince ; les bouchers ne devraient pas trop s'intéresser à lui. Dans ce camion, il y a aussi des haflinger, un fjord et un double poney assez rond ; pour eux alheureusement, je n'ai aucun doute et mon c½ur s'étreint lorsque je leur dis simplement « courage »... Je ne me trompe pas, ils partiront pour l'abattoir de Charleroi, ils vivent leurs dernières heures, tristement et misérablement. Nous attendons l'ouverture des portes ...et le déchargement des chevaux, le propriétaire du camion est présent maintenant ; c'est un flamand et je m'approche en feignant d'ignorer totalement sa triste cargaison. Je m'adresse à lui dans sa langue sans faire la moindre allusion aux chevaux ou au marché, juste un « bonjour, il fait chaud aujourd'hui ». M'attirer sa sympathie peut être utile, on ne sait jamais...Un autre camion arrive et la nouvelle se répand entre nous : il renferme deux frisons dans ses flancs ! Sylvie se tourne vers moi... « tiens le coup Oli !» Je sais que les moments les plus pénibles arrivent pour moi, voir ces frisons partir pour l'abattoir m'arracherait le c½ur. Le prix demandé pour eux est trop élevé pour nous mais heureusement pour eux, il l'est également pour les bouchers ; ils repartiront comme ils sont venus... Ce sont deux superbes hongres dont je n'oublierai pas le regard, leur image restera gravée en moi et j'espère de tout c½ur que leur destin ne sera pas funeste. Le moment est venu, les maquignons font entrer les chevaux dans le marché couvert et nous y pénétrons également ; l'endroit est impeccable il faut bien le reconnaître. Je flâne en respectant bien les consignes de Marc, je donne l'apparence de ne jeter qu'un ½il blasé et critique sur les chevaux présents ; c'est difficile car en fait, chaque fois que je croise un regard, c'est de l'amour et de la compassion que tentent de rendre mes yeux à ses infortunés. Marc va au devant du vendeur du cheval noir, c'est le fils du gars avec qui je discutais ; quand il revient vers moi, la sentence tombe comme un couperet : il en veut mille euros ! C'est trop, beaucoup trop même si nous sommes en été et que les prix sont plus élevés... La raison en est simple : les marchands sont moins pressés de vendre les chevaux car ils les mettent au pâturage chez eux et les nourrir ne leur coûte donc rien ; ils peuvent se permettre de ne pas les vendre absolument et de les ramener chez eux à l'issue du marché... Il faut faire le désintéressé et attendre la fin du marché pour espérer voir baisser le prix et en croisant les doigts pour que les bouchers n'aient pas jeté leur dévolu sur l'infortuné...Je croise le regard de l'alezan qui accompagne le grand noir... Moment difficile, il tourne la tête vers moi et semble m'implorer ; mon c½ur bat la chamade et toute sa détresse afflue en moi, mon Dieu que c'est difficile...Le marchand vient vers moi sans rien avoir capté ; il me demande simplement ce que je pense du grand noir ; il faut la jouer fine, je le sais. Je lui réponds qu'il n'est pas bien gros et qu'il a déjà galopé de nombreuses années ; j'ajoute qu'il est trop cher pour moi. Le gars me dit alors que c'est un très gentil cheval mais ça, il m'avait suffit d'un regard pour le savoir. Il me demande mon estimation, je soupire et fais la moue pour lui dire qu'il ne vaut pas plus de 700 euros ; il soupire à son tour et me dit qu'il ne peut pas lâcher moins de 850 euros. Je fais le désintéressé, ça fait partie du triste jeu et demande nonchalamment le prix de l'alezan ; il me répond qu'il est boiteux et que le prix est le même... Je ne dis rien et fonde mes espoirs secrètement ; l'alezan ne me quitte pas du regard et je lui adresse un clin d'½il, s'il boîte de l'antérieur gauche je sais pertinemment que c'est parce que c'est le seul pied auquel tient encore un fer...Sylvie vient me rejoindre et me demande ce que je pense d'une grande jument pie attachée un peu plus loin. Elle est belle et je lui fais part de mes craintes de voir son prix très élevé.Les chevilleurs ont ratissé le marché et leurs victimes sont marquées, les tapes dans les mains ont résonné à mes oreilles ; haflingers et fjords ne sont plus que des vies en sursis, leurs destins sont définitivement scellés...La nouvelle m'arrive alors : Marc a pu acheter la jument pie ! Nous sourions tous, une bouffée de joie flotte dans ce lieu triste. Marc retourne voir le marchand du grand noir, il n'en démord pas et a seulement diminué son prix de 100 euros ; nous ne pouvons pas le racheter car ce serait assurer un plantureux bénéfice au marchand et celui-ci nous verrait venir à l'avenir, ses prix seraient alors toujours exagérés pour nous...C'est dur, très dur... Le père viendra encore m'aguicher avec son fils, l'attirant vers moi parce que je parle flamand ; il baissera encore de vingt-cinq euros mais je ne peux pas accepter et c'est la mort dans l'âme que j'adresserai un dernier regard à cette si noble créature... J'ai honte car dans ses yeux, il me semble lire sa déception comme s'il croyait en moi...L'alezan rechignera à repartir dans le camion, il va me fixer intensément en se débattant et ses yeux me lanceront un véritable appel au secours...Entretemps, Marc aura pu sauver un grand shetland très chaud qu'il me demandera d'emmener jusqu'au van. Je suis vraiment heureux de nous voir ramener nos deux nouveaux protégés mais en même temps, mes larmes coulent en pensant à tous ces autres malheureux qui n'ont pas eu cette chance et en particulier à ce grand cheval noir et à ce bel alezan qui semblait m'avoir choisi...Il y eut également un autre instant très poignant, les larmes d'une petite fille nous ont tous bouleversé ; elle était venue avec ses parents pour sauver un cheval... Elle voulait un fjord mais les bouchers ne lui ont laissé aucune chance.
Ce monde est injuste et cruel, où est donc l'humanité dans ces êtres sans c½ur que sont ces pourvoyeurs de viande ? Inutile de chercher, ils n'ont d'humain que l'apparence...Cette journée était riche en émotions et en enseignements ; je remercie Marc de m'avoir permis de participer à ce sauvetage car cette expérience était douloureuse mais nécessaire et je répondrai à l'appel pour les prochains sauvetages. Sauver ces deux nouveaux protégés était ce qu'il y avait de mieux à faire en ce moment. Accueillir ces deux rescapés nous remonte le moral et il est beau de nous voir les entourer pour les rassurer et leur offrir notre amour. On ne peut tous les sauver, ce ne sont que deux vies mais elles sont si précieuses et uniques. Gardons l'espoir que ce massacre s'arrêtera un jour et en attendant, prenons soin de nos protégés, éveillons la conscience des gens à la dure réalité et préparons nous à d'autres sauvetages.
Merci Marc, merci 100 chevaux sur l'herbe et toute sa merveilleuse équipe.